Les Sélénites
Paris Le 17 février, 1873
Je vous écris pour vous rassurer. Je me doute bien que vous vous inquiétez à mon sujet. Mais, pour vous dire franchement, je ne comprends pas pourquoi vous vous plaignez de mes longs silences, de mes « histoires abracadabrantes ». Il est clair que vous vous moquez de moi.
Je ne vous demande pas de me comprendre et encore moins de me croire. Seulement, vous êtes la seule personne à qui je me confie. Vous seul êtes digne de confiance car je sais vous ne songeriez pas une minute à me faire enfermer. Je m’en remets donc toujours à vous et uniquement à vous.
C’est encore à cause des Sélénites. Oui oui, encore eux! J’ai réussi à avoir une séance avec le chambellan de leur roi. Cependant, puisque j’ai moi-même du mal à me convaincre de quitter leur monde et regagner le mien, comment donc les convaincre de me laisser partir? J’ai de ce fait écrit ma propre petite liste de «pours » et de « contres »--les «contres » étant bien sûr que le monde auquel j’appartiens me manque. Vous me manquez, vous aussi; je ne suis ni déloyale, ni ingrate. Et pourtant, la liste des raisons de rester parmi le peuple de la Lune dépasse largement les raisons pour les quitter.
Toutefois, les Sélénites m’ont si bien accueillie parmi eux et j’y ai créé des liens solides…même, j’y ai rencontré l’homme idéal (mon époux). Et quel meilleur endroit existe-t-il —sinon celui-ci--- pour y fonder une famille? La lune est un endroit riche et prospère. Leurs soieries uniques mettrait l’Orient à la faillite; même que le bleu luminescent de ces étoffes feraient pâlir Pierrot lui-même d’envie. Les soirées, les bals, les foires, les fêtes costumées… ma villa et mon hamac entre deux saules… vraiment, m’en voudriez vous d’être si heureuse? Qui ne rêverait pas d’une vie comme la mienne?
Je vous défends bien de me traiter de rêveuse, cher M.V…! Vous n’êtes pas homme à me sermonner sur l’imaginaire excessif de certaines femmes : on n’a qu’à lire ce que vous publiez.
Ce peuple lunaire est aussi vrai que les gens qui m’entourent. La lune, je l’ai d’ailleurs visitée nombre de fois. On me l’a si souvent reproché. C’est pourquoi j’y ai élu domicile; c’est mon univers et personne ne peut m’en chasser.
Contrairement à ce que l’on peut penser, la lune n’est pas si loin. Je n’ai qu’à m’accouder à la fenêtre et lever les yeux le ciel. Je vois même mes amis qui de là-haut, me font signe. Sur ce, je vous quitte, de crainte de vous ennuyer à mourir. Je vous embrasse donc, mon cher Jules et vous ordonne de ne pas vous inquiéter si je ne réponds pas lorsque vous frappez à ma porte.
Bien tendrement,
Sandrine
Paris Le 17 février, 1873
Je vous écris pour vous rassurer. Je me doute bien que vous vous inquiétez à mon sujet. Mais, pour vous dire franchement, je ne comprends pas pourquoi vous vous plaignez de mes longs silences, de mes « histoires abracadabrantes ». Il est clair que vous vous moquez de moi.
Je ne vous demande pas de me comprendre et encore moins de me croire. Seulement, vous êtes la seule personne à qui je me confie. Vous seul êtes digne de confiance car je sais vous ne songeriez pas une minute à me faire enfermer. Je m’en remets donc toujours à vous et uniquement à vous.
C’est encore à cause des Sélénites. Oui oui, encore eux! J’ai réussi à avoir une séance avec le chambellan de leur roi. Cependant, puisque j’ai moi-même du mal à me convaincre de quitter leur monde et regagner le mien, comment donc les convaincre de me laisser partir? J’ai de ce fait écrit ma propre petite liste de «pours » et de « contres »--les «contres » étant bien sûr que le monde auquel j’appartiens me manque. Vous me manquez, vous aussi; je ne suis ni déloyale, ni ingrate. Et pourtant, la liste des raisons de rester parmi le peuple de la Lune dépasse largement les raisons pour les quitter.
Toutefois, les Sélénites m’ont si bien accueillie parmi eux et j’y ai créé des liens solides…même, j’y ai rencontré l’homme idéal (mon époux). Et quel meilleur endroit existe-t-il —sinon celui-ci--- pour y fonder une famille? La lune est un endroit riche et prospère. Leurs soieries uniques mettrait l’Orient à la faillite; même que le bleu luminescent de ces étoffes feraient pâlir Pierrot lui-même d’envie. Les soirées, les bals, les foires, les fêtes costumées… ma villa et mon hamac entre deux saules… vraiment, m’en voudriez vous d’être si heureuse? Qui ne rêverait pas d’une vie comme la mienne?
Je vous défends bien de me traiter de rêveuse, cher M.V…! Vous n’êtes pas homme à me sermonner sur l’imaginaire excessif de certaines femmes : on n’a qu’à lire ce que vous publiez.
Ce peuple lunaire est aussi vrai que les gens qui m’entourent. La lune, je l’ai d’ailleurs visitée nombre de fois. On me l’a si souvent reproché. C’est pourquoi j’y ai élu domicile; c’est mon univers et personne ne peut m’en chasser.
Contrairement à ce que l’on peut penser, la lune n’est pas si loin. Je n’ai qu’à m’accouder à la fenêtre et lever les yeux le ciel. Je vois même mes amis qui de là-haut, me font signe. Sur ce, je vous quitte, de crainte de vous ennuyer à mourir. Je vous embrasse donc, mon cher Jules et vous ordonne de ne pas vous inquiéter si je ne réponds pas lorsque vous frappez à ma porte.
Bien tendrement,
Sandrine
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