Un orignal dans le centre-ville
(Mtl, PC)Hier soir, les Montréalais ont eu la surprise de leur vie lorsqu’en pleine heure de pointe, un orignal échappé d’un zoo ambulant au Vieux-Port de Montréal a surgit en plein embouteillage sur la rue Notre-Dame. L’animal, visiblement désorienté, a louvoyé entre les nombreux véhicules immobilisés pare-choc à pare-choc, mais n’a causé que peu de dégas. Avec l’aide de la police locale et des représentants de la faune, les responsables de l’imposante bête de six cent cinquante kilos l’ont repérée et maîtrisée à l’aide d’un fusil à dards tranquilisants.
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Quelle curieuse forêt! Les arbres ont de bien étranges formes » et ils ne bougent pas au vent. Comme les fourmis sont immenses et elles bougent sans pattes! Les seuls quadrupèdes ici ne ressemblent en rien à mes frères et amis des sous-bois : où sont les orignaux, les cerfs, les lièvres et les ours? Ai-je été victime d’un chasseur? Suis-je mort? Bien que fascinant, cet au-delà des bêtes sauvages ne me semble guère accueillant. C’est bruyant, sale, terne, plein d’humains, les oiseaux sont grossiers et l’air est irrespirable. Je dois sortir d’ici! Mais, que vois-je au loin? Une montagne, coiffée d’une étrange structure humaine? Peut-être est-ce la « Montagne Éternelle » où mes parents, frères et cousins m’attendent pour la dernière grande traversée de lac en famille.
Peut-être—qui sait?—l’endroit hostile où je me retrouve n’est que le purgatoire des orignaux, destiné à tester ma force morale sur le chemin de l’éden. Je leur montrerai de quoi je suis capable! Je traverserai cette épreuve dignement, comme un vrai mâle, non pas comme un jeune buck, encore incapable de marquer son territoire sans se prendre les andouillers dans les branchages. Ma destination ne semble pas si loin. J’y parviendrai si j’arrive à me faufiler sans problèmes entre les fourmis géantes et les arbres sans vie. Tiens, mon cou me pique… et qui sont ces deux bipèdes à quelques pas de moi?
-- On l’a eu, les gars , s’exclama un homme!
-- Oui oui, nous avons localisé l’orignal au coin de St-urbain et Notre-Dame, annonça l’autre sur un radio-émetteur. Vous pouvez apporter le véhicule, il n’ira pas loin avec le tranquilisant.
Ah non, ces hommes m’ont rattrapé! Je dois tenter ma chance vers la Montagne Sacrée…si je pouvais me débarrasser de cet engourdissement…de cette étrange sensation de bien-être…
Une fois que Goliath, l’orignal apprivoisé d’un refuge d’animaux sauvages fut embarqué dans le camion, les automobilistes coincés dans l’embouteillage se remirent à souffler et les travailleurs, témoins de cette scène inusitée, retournèrent au boulot. Bien sûr, l’escapade du spectaculaire animal au centre-ville était LE sujet de conversation des derniers jours et avait fait la une à travers le Québec. Toute la province fut au parfum de l’aventure et les spéculations allaient bon train sur cette aventure.
Pendant ce temps, au refuge, Goliath avait repris conscience et reconnu avec une stupeur teintée de joie les arbres, les plantes, le boisé, la terre humide et les fougères de son environnement naturel.
--Tout cela n’était-il donc qu’un rêve? Ai-je imaginé tout cela, s’interrogea-t-il? Il se mit ensuite à humer avec délice l’air empli de chlorophylle et de l’odeur des pins et finit par conclure que, en rêve ou en réalité, le monde mystérieux des humains n’était pas fait pour les orignaux.
Nathalie Benoît
Le 14 octobre, 2003
(Mtl, PC)Hier soir, les Montréalais ont eu la surprise de leur vie lorsqu’en pleine heure de pointe, un orignal échappé d’un zoo ambulant au Vieux-Port de Montréal a surgit en plein embouteillage sur la rue Notre-Dame. L’animal, visiblement désorienté, a louvoyé entre les nombreux véhicules immobilisés pare-choc à pare-choc, mais n’a causé que peu de dégas. Avec l’aide de la police locale et des représentants de la faune, les responsables de l’imposante bête de six cent cinquante kilos l’ont repérée et maîtrisée à l’aide d’un fusil à dards tranquilisants.
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Quelle curieuse forêt! Les arbres ont de bien étranges formes » et ils ne bougent pas au vent. Comme les fourmis sont immenses et elles bougent sans pattes! Les seuls quadrupèdes ici ne ressemblent en rien à mes frères et amis des sous-bois : où sont les orignaux, les cerfs, les lièvres et les ours? Ai-je été victime d’un chasseur? Suis-je mort? Bien que fascinant, cet au-delà des bêtes sauvages ne me semble guère accueillant. C’est bruyant, sale, terne, plein d’humains, les oiseaux sont grossiers et l’air est irrespirable. Je dois sortir d’ici! Mais, que vois-je au loin? Une montagne, coiffée d’une étrange structure humaine? Peut-être est-ce la « Montagne Éternelle » où mes parents, frères et cousins m’attendent pour la dernière grande traversée de lac en famille.
Peut-être—qui sait?—l’endroit hostile où je me retrouve n’est que le purgatoire des orignaux, destiné à tester ma force morale sur le chemin de l’éden. Je leur montrerai de quoi je suis capable! Je traverserai cette épreuve dignement, comme un vrai mâle, non pas comme un jeune buck, encore incapable de marquer son territoire sans se prendre les andouillers dans les branchages. Ma destination ne semble pas si loin. J’y parviendrai si j’arrive à me faufiler sans problèmes entre les fourmis géantes et les arbres sans vie. Tiens, mon cou me pique… et qui sont ces deux bipèdes à quelques pas de moi?
-- On l’a eu, les gars , s’exclama un homme!
-- Oui oui, nous avons localisé l’orignal au coin de St-urbain et Notre-Dame, annonça l’autre sur un radio-émetteur. Vous pouvez apporter le véhicule, il n’ira pas loin avec le tranquilisant.
Ah non, ces hommes m’ont rattrapé! Je dois tenter ma chance vers la Montagne Sacrée…si je pouvais me débarrasser de cet engourdissement…de cette étrange sensation de bien-être…
Une fois que Goliath, l’orignal apprivoisé d’un refuge d’animaux sauvages fut embarqué dans le camion, les automobilistes coincés dans l’embouteillage se remirent à souffler et les travailleurs, témoins de cette scène inusitée, retournèrent au boulot. Bien sûr, l’escapade du spectaculaire animal au centre-ville était LE sujet de conversation des derniers jours et avait fait la une à travers le Québec. Toute la province fut au parfum de l’aventure et les spéculations allaient bon train sur cette aventure.
Pendant ce temps, au refuge, Goliath avait repris conscience et reconnu avec une stupeur teintée de joie les arbres, les plantes, le boisé, la terre humide et les fougères de son environnement naturel.
--Tout cela n’était-il donc qu’un rêve? Ai-je imaginé tout cela, s’interrogea-t-il? Il se mit ensuite à humer avec délice l’air empli de chlorophylle et de l’odeur des pins et finit par conclure que, en rêve ou en réalité, le monde mystérieux des humains n’était pas fait pour les orignaux.
Nathalie Benoît
Le 14 octobre, 2003
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