Circé la vilaine
Circé « la sorcière » était crainte de tout le monde. D’abord son apparence était loin de rassurer la société « bien pensante » d’un petit village composé exclusivement de Blancs. Circé avait le teint sombre comme du café torréfié, une longue crinière noire et crépue qui n’avait pas été peignée depuis des lustres et de longues dents. Ses gros yeux globuleux roulaient comme des billes lorsqu’elle se fâchait. Même que son regard, selon certains, miroitait la malice et la décadence. Oui, une vilaine sorcière, une véritable harpie. Tous s’entendaient à le dire. Quant à sa voix…sa voix raillée et perçante faisait grincer des dents tous ceux qui se tenaient à proximité d’elle. Raison de plus de se méfier : la créature portait un nom étranger. Et cette affreuse balafre qu’elle portait sur l’épaule gauche était sûrement la marque de Satan lui-même.
Son tour préféré pour agacer ses détracteurs était de les faire sursauter en leur soufflant dans la nuque de son haleine chaude. «Chaude et sentant le soufre; comme l’enfer !», disait-on. Mais ceux qui la détestaient le plus, c’étaient les maquignons des environs. En présence de Circé-la-sorcière, leurs juments s’affolaient et n’arrivaient pas à être gestantes, tant elles étaient nerveuses. Ces mêmes maquignons ont même été jusqu’à offrir une récompense à quiconque l’abattrait et ramènerait sa tignasse pour en faire un balais. Mais nul n’avait le courage d’aller la chasser jusqu’à son repère.
Sauf peut-être certains membres de cette communauté xénophobe, qui eux ne détestaient pas Circé : les enfants. Puisqu’ils étaient purs, les enfants pouvaient approcher cette sorcière ténébreuse… à l’insu de leurs parents, bien sûr. Alors « Circé-la-vilaine » devenait « Circé-la-douce » et jouait avec les enfants, malgré son grand âge. Car en fait, Circé, fille de Vaudou et de Lucifer, n’était nul autre qu’une vieille jument sauvage.
Nathalie Benoît,
Le 8 novembre, 2000
Circé « la sorcière » était crainte de tout le monde. D’abord son apparence était loin de rassurer la société « bien pensante » d’un petit village composé exclusivement de Blancs. Circé avait le teint sombre comme du café torréfié, une longue crinière noire et crépue qui n’avait pas été peignée depuis des lustres et de longues dents. Ses gros yeux globuleux roulaient comme des billes lorsqu’elle se fâchait. Même que son regard, selon certains, miroitait la malice et la décadence. Oui, une vilaine sorcière, une véritable harpie. Tous s’entendaient à le dire. Quant à sa voix…sa voix raillée et perçante faisait grincer des dents tous ceux qui se tenaient à proximité d’elle. Raison de plus de se méfier : la créature portait un nom étranger. Et cette affreuse balafre qu’elle portait sur l’épaule gauche était sûrement la marque de Satan lui-même.
Son tour préféré pour agacer ses détracteurs était de les faire sursauter en leur soufflant dans la nuque de son haleine chaude. «Chaude et sentant le soufre; comme l’enfer !», disait-on. Mais ceux qui la détestaient le plus, c’étaient les maquignons des environs. En présence de Circé-la-sorcière, leurs juments s’affolaient et n’arrivaient pas à être gestantes, tant elles étaient nerveuses. Ces mêmes maquignons ont même été jusqu’à offrir une récompense à quiconque l’abattrait et ramènerait sa tignasse pour en faire un balais. Mais nul n’avait le courage d’aller la chasser jusqu’à son repère.
Sauf peut-être certains membres de cette communauté xénophobe, qui eux ne détestaient pas Circé : les enfants. Puisqu’ils étaient purs, les enfants pouvaient approcher cette sorcière ténébreuse… à l’insu de leurs parents, bien sûr. Alors « Circé-la-vilaine » devenait « Circé-la-douce » et jouait avec les enfants, malgré son grand âge. Car en fait, Circé, fille de Vaudou et de Lucifer, n’était nul autre qu’une vieille jument sauvage.
Nathalie Benoît,
Le 8 novembre, 2000
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