La légende du saule pleureur
Planté à l’arrière du terrain d’un charmant cottage anglais, le majestueux saule pleureur fait figure d’hôte, de maître des lieux. Ses branches en cascades de larmes dansent avec la brise, pendant que la plus longue d’entre elles, rebelle, esquisse des figures dans les ondes du lac. Cette branche s’appelle Sorrow—qui veut dire chagrin, en Anglais—car elle semble avoir pleuré depuis plus d’un siècle. L’arche que forme Sorrow est devenue l’autel où les cygnes viennent s’épouser, et où le héron vient faire son pèlerinage.
Mais à l’époque où Sorrow était jeune, le saule pleureur était lieu de culte à l’amour. Les jeunes gens s’y rencontraient ou s’y faisaient de tendres confessions empreintes de désir et de promesses. Le saule en contient autant que les anneaux qui indiquent son âge. Les amants se retrouvaient au pied du saule et y célébraient leurs retrouvailles. Les âmes solitaires y venaient soupirer et gémir, maudissant leurs coeurs esseulés. Les vieux amis y venaient ressasser leurs souvenirs, la poitrine gonflée de nostalgie. Le saule, c’était l’âme du cottage. Et Sorrow a toujours été son archiviste. Elle se souvient encore avec effroi du règne de terreur de la sorcière Foudre et de ses colères électrifiantes. Elle a bien failli tuer le saule, et Sorrow avec.
Mais la légende est encore vivante, car le gardien du cottage sur Convent Street est encore debout, sur ses racines. Et sa maîtresse, la Pluie, l’aime toujours. Fidèle Pluie, qui égaye et désaltère l’arbre de ses baisers mouillés. La mort peut bien attendre, car le saule pleureur est encore heureux pendant que sa branche rebelle boude gentiment la valse de ses soeurs. Sur le lac, une toute nouvelle jeunesse découvre les lieux, ainsi que le saule. Ils l’immortalisent en images : ils le peignent, le photographient, l’esquissent. Sous les compliments et les regards admiratifs, le saule pleureur se gonfle d’orgueil à l’aide du vent et écarte ses branches pour se faire invitant. Toujours, il cherche à séduire, à réconforter, à inspirer.
Donc, le mythe du saule pleureur résiderait-il dans son appellation? Sous des allures de triste châtelain, cet arbre noble ne cacherait-il pas sa félicité? Et s’il fallait extirper son coeur de son tronc afin de connaître ses secrets? Ou couper Sorrow, sa plus grosse branche, et la transformer en pipeau, afin qu’elle nous révèle ce qu’elle cache sous ses airs mélancoliques? Seule une âme humaine cruelle avec un coeur fait de bois oserait une telle profanation. Alors que la Foudre s’est retirée, vaincue, deux nouveaux ennemis du saule surgissent aussi sournoisement qu’une ombre:l’indifférence et le progrès.
Nathalie Benoît Le 8 mai, 2001
Planté à l’arrière du terrain d’un charmant cottage anglais, le majestueux saule pleureur fait figure d’hôte, de maître des lieux. Ses branches en cascades de larmes dansent avec la brise, pendant que la plus longue d’entre elles, rebelle, esquisse des figures dans les ondes du lac. Cette branche s’appelle Sorrow—qui veut dire chagrin, en Anglais—car elle semble avoir pleuré depuis plus d’un siècle. L’arche que forme Sorrow est devenue l’autel où les cygnes viennent s’épouser, et où le héron vient faire son pèlerinage.
Mais à l’époque où Sorrow était jeune, le saule pleureur était lieu de culte à l’amour. Les jeunes gens s’y rencontraient ou s’y faisaient de tendres confessions empreintes de désir et de promesses. Le saule en contient autant que les anneaux qui indiquent son âge. Les amants se retrouvaient au pied du saule et y célébraient leurs retrouvailles. Les âmes solitaires y venaient soupirer et gémir, maudissant leurs coeurs esseulés. Les vieux amis y venaient ressasser leurs souvenirs, la poitrine gonflée de nostalgie. Le saule, c’était l’âme du cottage. Et Sorrow a toujours été son archiviste. Elle se souvient encore avec effroi du règne de terreur de la sorcière Foudre et de ses colères électrifiantes. Elle a bien failli tuer le saule, et Sorrow avec.
Mais la légende est encore vivante, car le gardien du cottage sur Convent Street est encore debout, sur ses racines. Et sa maîtresse, la Pluie, l’aime toujours. Fidèle Pluie, qui égaye et désaltère l’arbre de ses baisers mouillés. La mort peut bien attendre, car le saule pleureur est encore heureux pendant que sa branche rebelle boude gentiment la valse de ses soeurs. Sur le lac, une toute nouvelle jeunesse découvre les lieux, ainsi que le saule. Ils l’immortalisent en images : ils le peignent, le photographient, l’esquissent. Sous les compliments et les regards admiratifs, le saule pleureur se gonfle d’orgueil à l’aide du vent et écarte ses branches pour se faire invitant. Toujours, il cherche à séduire, à réconforter, à inspirer.
Donc, le mythe du saule pleureur résiderait-il dans son appellation? Sous des allures de triste châtelain, cet arbre noble ne cacherait-il pas sa félicité? Et s’il fallait extirper son coeur de son tronc afin de connaître ses secrets? Ou couper Sorrow, sa plus grosse branche, et la transformer en pipeau, afin qu’elle nous révèle ce qu’elle cache sous ses airs mélancoliques? Seule une âme humaine cruelle avec un coeur fait de bois oserait une telle profanation. Alors que la Foudre s’est retirée, vaincue, deux nouveaux ennemis du saule surgissent aussi sournoisement qu’une ombre:l’indifférence et le progrès.
Nathalie Benoît Le 8 mai, 2001
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