Mon premier chien
Le bonheur incomparable de la compagnie canine se manifeste dès le premier pas franchi sur le seuil la maison. En moins de quelques secondes, une comète poilue acclame mon arrivée d’un énergique branlement de queue et de retentissants tintements de médailles. Une véritable secousse sismique réclame mon attention; premier asservissement. Les autres—nourrir, sortir et promener—viendront plus tard. L’idole de mon chien, c’est moi; personne—autre que moi-même—n’arriverait à anéantir ce dogme dans l’esprit limité de cette petite bête. Il reste quand même le maître, et moi, l’esclave.
Deux yeux marron chaud, éperdus de ma personne, me fixent : argument ultime pour me convaincre d’interrompre toute activité, aussi importante soit-elle. Pourquoi ne pas s’arrêter quelques instants et se laisser aller à une période indéfinie de jeux? Il est temps de penser à lui comme lui pense à moi. Lorsque le caractère chasseur et enjoué de mon cerbère miniature commence à se calmer, la période de câlins s’avère interminable. Il me suffit de contempler son joli minois et son tendre regard, pigmenté d’une imposante tache circulaire sur l’œil gauche, pour me faire fondre comme une guimauve sur le feu. L’élan de soulever ses dix kilos pour couvrir son corps blanc de baisers et l’étreindre de toutes mes forces m’est irrésistible.
Il est aisé de le deviner, ce fieffé coquin a su me conquérir, dès l’instant où nous nous sommes rencontrés. Sa témérité, sa sociabilité et sa fouge m’on séduite. Son physique, aussi : son profil, ses proportions, son port de tête altier… et même ses oreilles mal placées. À chaque fois, mon choix se confirme au doux contact de son menton, amoureusement posé sur moi. J’ai l’impression de sentir tout le poids de sa tendresse et de sa confiance. Comment ne pas s’attendrir, en l’entendant pousser un lourd soupir ? Comme si la vie d’un chien était difficile!
Yoichi, de son nom légitime, est aussi appellé «Yoichichou », « Petit soleil », « Gueule d’amour », « Rat géant aux oreilles radar », « Bébé », « Petit cochon manqué »…tant de sobriquets affectueux, tant d’analogies amusantes pour un animal domestique! Certains surnoms viennent des gens qui croisent notre chemin. Il a une certaine réputation, à présent : il est « le » terrier Jack Russell du quartier! Le seul, l’unique! « Monsieur » est très populaire auprès des passants, adultes ou enfants. Les éloges envers mon ami à quatre pattes auront tôt fait de me donner la grosse tête. L’orgueil avec lequel j’exhibe mon toutou frôle l’insolence. Je devrai peut-être me repentir d’un tel narcissisme, or, c’est la moindre de mes fautes, si l’on considère ma propension à me prendre pour la « mère adoptive » de mon chien . Quelle folie me pousse à agir ainsi? La pitié? L’instinct de protection? Un penchant maternel latent ? La pulsion irrépressible d’affection présente en chacun de nous?
Après tout, Yoichi veut dire « celui qui reste », « celui qui donne » (selon sa calligraphie) ; étrange coïcidence, non? Yoichi la terreur, Yoichi la calamité, Yoichi… le petit toutou d’amour qui dort dans mon lit. Folle? Je le suis probablement, mais je mets quiconque au défi de rester insensible à vue de son adorable frimousse. Biaisée? Je ne m’en cache pas. Les animaux ont parfois un pouvoir étrange sur le comportement de leurs propriétaires.
Nathalie Benoît
Le 24 mai, 2004
Le bonheur incomparable de la compagnie canine se manifeste dès le premier pas franchi sur le seuil la maison. En moins de quelques secondes, une comète poilue acclame mon arrivée d’un énergique branlement de queue et de retentissants tintements de médailles. Une véritable secousse sismique réclame mon attention; premier asservissement. Les autres—nourrir, sortir et promener—viendront plus tard. L’idole de mon chien, c’est moi; personne—autre que moi-même—n’arriverait à anéantir ce dogme dans l’esprit limité de cette petite bête. Il reste quand même le maître, et moi, l’esclave.
Deux yeux marron chaud, éperdus de ma personne, me fixent : argument ultime pour me convaincre d’interrompre toute activité, aussi importante soit-elle. Pourquoi ne pas s’arrêter quelques instants et se laisser aller à une période indéfinie de jeux? Il est temps de penser à lui comme lui pense à moi. Lorsque le caractère chasseur et enjoué de mon cerbère miniature commence à se calmer, la période de câlins s’avère interminable. Il me suffit de contempler son joli minois et son tendre regard, pigmenté d’une imposante tache circulaire sur l’œil gauche, pour me faire fondre comme une guimauve sur le feu. L’élan de soulever ses dix kilos pour couvrir son corps blanc de baisers et l’étreindre de toutes mes forces m’est irrésistible.
Il est aisé de le deviner, ce fieffé coquin a su me conquérir, dès l’instant où nous nous sommes rencontrés. Sa témérité, sa sociabilité et sa fouge m’on séduite. Son physique, aussi : son profil, ses proportions, son port de tête altier… et même ses oreilles mal placées. À chaque fois, mon choix se confirme au doux contact de son menton, amoureusement posé sur moi. J’ai l’impression de sentir tout le poids de sa tendresse et de sa confiance. Comment ne pas s’attendrir, en l’entendant pousser un lourd soupir ? Comme si la vie d’un chien était difficile!
Yoichi, de son nom légitime, est aussi appellé «Yoichichou », « Petit soleil », « Gueule d’amour », « Rat géant aux oreilles radar », « Bébé », « Petit cochon manqué »…tant de sobriquets affectueux, tant d’analogies amusantes pour un animal domestique! Certains surnoms viennent des gens qui croisent notre chemin. Il a une certaine réputation, à présent : il est « le » terrier Jack Russell du quartier! Le seul, l’unique! « Monsieur » est très populaire auprès des passants, adultes ou enfants. Les éloges envers mon ami à quatre pattes auront tôt fait de me donner la grosse tête. L’orgueil avec lequel j’exhibe mon toutou frôle l’insolence. Je devrai peut-être me repentir d’un tel narcissisme, or, c’est la moindre de mes fautes, si l’on considère ma propension à me prendre pour la « mère adoptive » de mon chien . Quelle folie me pousse à agir ainsi? La pitié? L’instinct de protection? Un penchant maternel latent ? La pulsion irrépressible d’affection présente en chacun de nous?
Après tout, Yoichi veut dire « celui qui reste », « celui qui donne » (selon sa calligraphie) ; étrange coïcidence, non? Yoichi la terreur, Yoichi la calamité, Yoichi… le petit toutou d’amour qui dort dans mon lit. Folle? Je le suis probablement, mais je mets quiconque au défi de rester insensible à vue de son adorable frimousse. Biaisée? Je ne m’en cache pas. Les animaux ont parfois un pouvoir étrange sur le comportement de leurs propriétaires.
Nathalie Benoît
Le 24 mai, 2004
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